1970 - bogota
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"J'AI VECU AVEC DES INDIENS DE LA JUNGLE BRESILIENNE"

Interview d'une étudiante italienne de 21 ans
par A. le Breton - Bogota, 1970.


Extraits du roman "Les Bourlingueurs" - Editions Plon.

les bourlingueurs

- La tribu, c’était quel pays ?
- Il n'y a pas de pays… c'était un village. Un village très grand, parce qu'il y avait 150 Indiens, alors que généralement les tribus sont 40, 50 personnes.

- Comment s'appellent ces Indiens ?
- Ils prennent le nom d'un affluent du Rio Andatura, qui est Cuariguares, Amazonie, côté Brésil.

- Ils vivent nus ces Indiens ?
- Totalement. Femmes et hommes. Tous. Il y avait le chef de la tribu qui parlait portugais. La femme ne parle pas. Elle n'a pas le droit à la parole ou presque pas. Ils connaissaient ce marchand -leur seul contact avec la civilisation, faisant du troc de sel et d'huile contre des peaux de tigres- et depuis ils savaient qu'il y avait quelque chose qui s'appelle habit.
- Ils vous ont acceptée tout de suite ou presque ?
- Non, ça il ne faut pas le dire parce que les gens n'acceptent pas. On peut rester là-bas, on peut construire un toit mais on n’est pas accepté. Jamais.

- Leur maison est commune ou bien ?
- Non. Il y a des maisons avec un toit de paille jusqu'à terre. Beaucoup de ces maisons où les Indiens vivent par famille. Puis il y a une grande maison où est la cuisine pour tous. J'ai dormi avec eux. Avec une famille d'Indiens, dans un hamac qu'ils font eux-mêmes avec des fibres et des feuilles.

- Ils vous regardaient avec sympathie, indifférence ?
- Les Anciens, les vieux me regardaient avec indifférence. Mais il n'y a pas de vrais vieux. Parce qu'ils se laissent mourir.
- Comment ils se laissent mourir ?
- Ceux de 40, 50 ans, les très vieux, meurent de mort naturelle. Ils s'en vont…

- Comment ils s'en vont ? Dans la forêt ?
- Oui, pour mourir.

- Seuls ?
- Seuls. Ils s'en vont et comme ça, il n'y a pas de vrais vieux. Ils laissent la place aux jeunes. Souvent ils disparaissent sans qu'on sache bien comment, je veux dire, on ne les voit pas s'en aller. Pour eux, quand les vieux meurent, c'est la joie parce qu'ils ne servent pas à la communauté. Mais quand un petit meurt, il ne meurt pas. Il voyage parmi les fleurs qui poussent en Amazonie. Quand on voit dans l'Amazonie une fleur, on dit que c'est l'âme de l'enfant qui voyage.


- Question nourriture…
- On mange toujours à peu près pareil : poisson, manioc, banane. Au bout de deux jours, je me suis mise comme eux, nue... et alors j'ai fait amitié avec les enfants.

- Les femmes montraient-elles de la jalousie envers vous ?
- De la curiosité seulement.

- Pas d'amitié ?
- Non. Tout le monde était indifférent. Leur façon d’être ami avec quelqu'un est étrange d'ailleurs. C'est difficile à expliquer… indéfinissable. Pour eux, j'étais une sorte d'animal rare.
- Vous avez retenu quelques mots d'Indiens ?
-Oui, du moins je m'y suis efforcée. Par exemple. J'ai compris qu'ils ne croyaient pas en dieu. Leur dieu à eux est la lune. C'est pourquoi avant de les quitter, ils m'ont fait faire un serment à la lune ?

- C'était quoi ?
- Un serment à la lune qui m'engageait à revenir les voir.

- Vous voulez me raconter comment ça s'est passé ?
- Oh ! Simplement. Comme tout ce qu'ils font. Le chef de la tribu se tenait devant moi. Il m'a fait lever les deux bras en l'air et a dit à la lune que je reviendrai.

- Toute la tribu était autour de vous ?
- Oui. Et ils étaient contents. Ils souriaient. Quand ils sont heureux, leurs visages l'expriment mieux que les nôtres... Ils sont si purs...


Pour en savoir plus sur les indiens du Brésil


Survival
Les Indiens isolés du Brésil

Dossier de presse de l'exposition organisée par la Ville de Grenoble à l'occasion de l'année 2010 de la Biodiversité.
Guetteurs d'avenir, peuples d'Amazonie